La pendule d’argent

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La pendule d’argent

Il somnole souvent quand nous entrons. Et son visage s’éclaire. Son voisin de chambre nous assure qu’il a bien dormi, et que nous avons un père tranquille.
« Les vieux ne rêvent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux 
Même riches ils sont pauvres, ils n’ont plus d’illusions et n’ont qu’un cœur pour deux… 
Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils parlent d’hier 
Et d’avoir trop pleuré que des larmes encore leur perlent aux paupières
Et s’ils tremblent un peu, est-ce de voir vieillir la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit : je vous attends ! »

Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n’importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer
Vous le verrez peut-être, vous la verrez parfois en pluie et en chagrin
Traverser le présent en s’excusant déjà de n’être pas plus loin
Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d’argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit « Je t’attends »
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend.

         Bon anniversaire.
« Les vieux » : chanson de Jacques Brel composée avec son pianiste Gérard Jouannet.

Photo : aigrette neigeuse au Panama © Samuel Blanc

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